Maintenant à Fada N'Gourma

Le début de l'aventure fut marqué par un voyage assez long, tumultueux et orageux en passant au dessus du Niger.

Mais la patience paye toujours. En effet, malgré une chaleur humide et plombante, qui caractérise la saison des pluies
en Afrique, la chaleur humaine n'en était pas moins présente.

Dès l'arrivée, les « bonjour », « bienvenue » et « bonne arrivé » fusaient de toute part.

On découvrait alors une capitale qui, semble-t-il, est placée sous le signe d'une gaietée réconfortante et d'une chaleur humaine impressionnante.

La traversée de Ouagadougou nous plongea dans un univers aux mille couleurs, aux mille odeurs et bien sur aux mille sensations.

Sensations qui restent, au deuxième jour, encore indescriptibles.
D'un coté, le choc des cultures : les vélos, mobylettes et vieilles carrosseries dominent les routes maculées de terre et de sable rougeâtres. Des vendeurs ambulants de journaux et de cartes téléphoniques sont situés à chaque coin de rue. Mais, de l'autre coté, une harmonie évidente et bien présente entre les deux cultures : l'échange, le partage et les amitiés vite soudées semblent réduire la distance pourtant bien réelle entre nos pays.

Après une nuit courte mais revitalisante passée au beau milieu d'une ville qui ne semble jamais s'arrêter, l'heure était à la préparation du départ de Ouagadougou.

Rejoindre Fada N'Gourma en bus, durant quatre long heures, fut une expérience redoutée pour les uns, et une occasion de rattraper quelques heures de sommeil pour les autres. Redoutée, car la découverte culturelle du Burkina Faso ne négligeait aucun aspect folklorique. Ainsi, durant le voyage on découvrit rapidement qu'il ne fallait pas compter sur l'imperméabilité du bus ; en tenant compte que, au moins d'août, aucune journée ne peut éviter les pluies torrentielles qui s'abattent sur le pays. Mais, à l'arrivée, poignées de mains chaleureuses et bonne humeur faisaient brusquement oublier les aspects mouvementés du voyage en bus africain. Nous fûmes accueillis par la présidente du comité de jumelage de Fada, Irène, et nombre de nos amis africains.

Le soir même, un dîner amical de bienvenue fut organisé pour nous souhaiter un bon sejour. Au rendez-vous, des spécialités africaines bien particulières, pâte de mil, bières africaines assez difficile à digérer pour nos petits estomac européens.

Tentant désespérément de cacher une fatigue qui nous menaçait tous, nous avons tout de même eu le plaisir d'admirer les incroyables danseurs Fadalais. A n'en pas douter, les danses africaines ne peuvent laisser personne indifférent. Mais, comme on dit là -bas, « il faut toujours penser à demain », et une nouvelle journée s'achève lentement, sous les bruits flous et lointains des tam-tams qui joueront encore une bonne partie de la nuit.

Après une nouvelle nuit où les moustiques restèrent indifférents à nos nombreux produits, le samedi 12 aoùt accueillit un évènement des plus importants, la Journée Mondiale de la jeunesse.
Cette année, le programme est essentiellement réservé à la sensibilisation des jeunes par rapport à la protection de l'environnement. « La jeunesse africaine est dynamique », déclare un encadrant de la jeunesse de Fada, « mais les mobilisations dans le cadre d'actions concrêtes restent difficiles à mettre en place ».
Ces responsables sont nombreux à Fada, et se chargent de le gestion des milieux associatifs afin d'inciter les jeunes burkinabés à prendre des initiatives pragmatiques.
Ainsi, sans oublier toutefois que cette journée reste une fête, la matinée fut consacrée au ramassage des matières plastiques délaissées dans les rues de Fada N'Gourma.
Un tel événement était bien sur très opportun pour renforcer davantage les liens entre nos trois villes ( Fada, Ettlingen et Epernay). Car, ne l'oublions pas, le jumelage offre un cadre particulier pour faire naître une solidarité durable.
Ainsi, ce samedi, tous les jeunes présents à Fada ont travaillé main dans la main. Nos liens en sont donc sortis renforcés, pour le bien de l'environnement et de l'humanité.

Comme prévu, dès le lundi 14, l'action humanitaire était lancée : arrivés à la maternité après un bon quart d'heure de marche, nous avions à débuter un programme de travaux bien chargé, et peut-être même quelque peu ambitieux. Au menu de ce lundi matin, un désherbage radical autour de la maternité et une plantation d'arbre débutant par des coups de pioche bien décidés.

Au regard du travail effectué durant cette matinée, une impression soudaine nous fit penser que tout pourrait être terminé assez rapidement. Mais ce fut sans prendre en compte l'intéieur de la maternité, dont l'insalubrité laissait tout de suite imaginer l'importance du travail à réaliser.
Nettoyage, peinture, tout semblait être à refaire, et il était clair qu'un tel bâtiment en Europe n'aurait pas tenu un mois sans être détruit. Mais, contre tout obstacle, il était évident que la solidarité entre les trois villes en ressortirait victorieuse.

Toutefois, en ce début de semaine, un problème encore plus alarmant fit lentement surface : le recyclage des matières plastiques.
Dans une population où les liens par le travail n'existent pas et où l'on peut observer un individualisme causé par une grande indépendance professionnelle, la prise de conscience d'un bien-être général possible reste occulté par les simples besoins particuliers.
C'est dans ce sens que de nombreux responsables de la ville organisent des meeting, encadrent la jeunesse et sensibilisent la population afin d'améliorer les conditions de vie et le cadre environnemental des Burkinabés.

Pour tenter de faire disparaître la fatigue présente en chacun de nous, une petite visite à Ouagadougou, la capitale, fut organisée. Le choc de cette visite ne fut pas des moindres lorsque nous traversâmes le quartier « Ouga 2000 ».
S'offrait alors à nous un décalage impressionnant entre une population très majoritairement pauvre et les habitants très riches de ce quartier. Maisons cossues, bâtiments dont la hauteur laisse sans voix, routes goudronnées à l'européenne, cette frustrante répartition des richesses faisait apparaître dans notre bus des visages scandalisés.

Une question simple mais non moins pertinente nous venait tous en tête : Comment peut-on laisser un pays s'enliser dans la pauvreté alors qu'une extrême minorité adsorbe la majorité des richesses, et bénéficie de privilèges au détriment du peuple ?
Au regard de cette situation, des projets de longs termes doivent être mis en place pour favoriser l'évolution des mentalités, faire disparaître cette élite illégitime, renforcer le volet social du pays, et donner à la démocratie Burkinabé un véritable contenu politique et citoyen.

En revenant à Fada N'Gourma, nos préoccupations de ces derniers jours se tournèrent vers les enfants orphelins et démunis. Au programme, organisation de jeux dans les orphelinats, rencontre avec les responsables d'associations, Il y a donc beaucoup à faire pour l'enfance Burkinabé.
A Fada, de nombreuses associations s'occupent d'encadrer les jeunes enfants. L'association MISOLA a pour objectif la bonne nutrition des nouveaux-nés. Les Enfants Buisson est une organisation qui prend en charge les frais scolaires des enfants, et lutte pour faire respecter les droits de l'enfant au Burkina Faso. Enfin, les deux orphelinats permettent aux enfants sans famille d'éviter la misère et les dangers de la rue.

Tout en préparant notre retour en France, nous avions ainsi le sentiment d'avoir tous contribué à l'épanouissement de la ville. Certes, trois semaines restent une durée relativement courte pour mener un projet durable. Néanmoins, le simple sourire d'un enfant donne le sentiment d'avoir réussi notre mission.


Webmaster Amélie Collinet